Journal d'un corps de Daniel Pennac
  En librairie le 9 février 2012

  De 13 à 87 ans, âge de sa mort, le narrateur a tenu le journal de son corps. Nous qui nous sentons parfois si seuls dans le nôtre nous découvrons peu à peu que ce jardin secret est un territoire commun. Tout ce que nous taisions est là, noir sur blanc, et ce qui nous faisait si peur devient souvent matière à rire.

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   Entretien

   Signatures

  Mercredi 18 novembre 1936
  Je veux écrire le journal de mon corps parce que tout le monde parle d'autre chose.
  (13 ans, 1 mois, 8 jours)

  Jeudi 10 janvier 1974
  Si je devais rendre ce journal public, je le destinerais d'abord aux femmes. En retour, j'aimerais lire le journal qu'une femme aurait tenu de son corps. Histoire de lever un coin du mystère. En quoi consiste le mystère ? En ceci par exemple qu'un homme ignore tout de ce que ressent une femme quant au volume et au poids de ses seins, et que les femmes ne savent rien de ce que ressentent les hommes quant à l'encombrement de leur sexe.
  (50 ans et 3 mois)

  Lundi 26 juillet 2010
  Nous sommes jusqu'au bout l'enfant de notre corps. Un enfant déconcerté.
  (86 ans, 9 mois, 16 jours)

   
   


Daniel Pennac présente Journal d'un corps

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Photo Catherine Hélie  


Entretien avec Daniel Pennac

  Dans l'« Avertissement » qui précède le texte, ce Journal d'un corps est présenté comme un cadeau embarrassant.

  Daniel Pennac — C'est surtout son corps qui a embarrassé le narrateur pendant son enfance ! Vous connaissez ce genre d'enfant : un de ces petits qu'on voit au bord des bacs à sable, complètement tétanisés par l'énergie de leurs congénères. Celui-ci est né en 1927, fils d'un mort-vivant de la guerre de 14, qui, détruit par la dépression nerveuse et les gaz moutarde, agonise pendant les onze premières années du narrateur. La mère, victime de ce que nous appellerions aujourd'hui un terrible « baby blues » abandonne l'enfant à la compagnie de cet agonisant. Le père entreprend d'instruire son fils avant de mourir, de façon à ne pas l'abandonner dans la vie sans munition. Il en fait un petit érudit, intellectuellement trop mûr pour son âge et quasiment privé de corps. Jusqu'au jour où, à la suite d'un traumatisme particulièrement humiliant, le garçon prend la résolution de ne plus jamais avoir peur. (Ce sont les premiers mots du journal : Je n'aurai plus peur, je n'aurai plus peur, je n'aurai plus peur, je n'aurai plus jamais peur). Très vite il constate que l'application de cette résolution passe par la conquête de son corps. Il décide donc, de propos délibéré, de se fabriquer un corps et de tenir le journal de cette conquête. Alors qu'il était un enfant chétif et transparent, il devient petit à petit un robuste gaillard, boxeur, nageur, physiquement performant. Il rédigera ce journal toute sa vie, jusqu'à décrire son agonie, qui survient à l'âge de 87 ans.

 Ce journal n'est pas pour autant un précis anatomique…

  Daniel Pennac Non, c'est plutôt la chronique des messages
envoyés notre vie durant par notre corps à notre esprit, avec ces longues plages de silence où notre corps nous parle peu, par exemple pendant la force de l'âge. C'est aussi la chronique des apprentissages, des douleurs, des plaisirs et des jouissances.

  Un journal, aussi, qui peut se lire comme un roman…

  Daniel Pennac Qui doit se lire comme un roman si l'on veut assister à l'évolution physique d'une vie entière. Et puis entre ses terreurs, ses épanouissements, ses ébats, ses maladies, les incessantes découvertes qu'il nous propose, notre corps est l'objet d'un processus on ne peut plus romanesque, qui n'est pas avare en péripéties. Sans parler des corps environnants qui ne laissent pas le narrateur indifférent : femme, enfants, petits enfants, corps unique des dortoirs de son enfance ou des passagers d'un autobus, rien de cette existence physique individuelle ou collective ne lui est indifférent. Bien sûr, c'est aussi un livre qui se prête au grappillage, le lecteur peut directement aller voir ce qu'éprouvait le personnage à tel ou tel âge, ou se promener librement dans l'index, du côté des organes, des maladies, des fonctions : Démangeaison, Densité corporelle, Dent, Dépression nerveuse, Dépucelage, Diarrhée, Émotion, Énergie, Épistaxis, Épuisement, Érection… Au lecteur de choisir de lire en fonction de ces entrées, ou, et c'est pour moi l'idéal, de tout lire dans la continuité, comme un roman.

  Au fond, s'agit-il vraiment d'un journal ?

  Daniel Pennac C'est un journal du corps tenu non pas au jour le jour (il y faudrait des centaines de volume !) mais à la surprise la surprise.

     
   
 

Daniel Pennac
Journal d'un corps
Collection Blanche, 2012
400 pages - 22 €

     
    © www.gallimard.fr 2012